Vereinigung der Walliser Museen
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Infos pratiques
Veska - une quête de l'absolu
15.01.2010 - 26.09.2010
Musée C.C. Olsommer
3968 Veyras
Tél. 027 455 24 29
info@musee-olsommer.ch
www.musee-olsommer.ch
Ouvertures
janvier-septembre : samedi, dimanche 14h00 - 17h00,
juillet-août : du jeudi au dimanche 14h00 - 17h00,
mercredi : ateliers et animations pour enfants.
Visites commentées
Visites de l’exposition pour groupes (sur demande, max. 18 pers.)
Autour de l'exposition
L’art se met à table
Le Musée Olsommer et le Restaurant le Muzot à Veyras proposent aux gourmands passionnés d’art une soirée qui allie plaisir des yeux et des papilles. Débutant par une visite guidée de l’exposition, la soirée est suivie d’un repas inspiré par les oeuvres abordées. (ve-sa, sur réservation)
Groupes scolaires
Corps et âme ! Langages du corps dans la peinture
Par l’observation et le dialogue avec les oeuvres, les enfants découvrent les différentes expressions du corps dans la peinture. Ils apprennent à décrypter les signes visibles de cette communication non verbale au travers d’oeuvres signifiantes de l’histoire de l’art et de l’exposition. (dès le 1er février)
Animations-enfants
Atelier : La cerise sur le tableau
C’est l’histoire d’une rencontre entre un maître queux et une oeuvre d’art. Au musée, les enfants décortiquent la scène gourmande d’une toile, puis ils s’en vont mettre la main à la pâte en cuisine, guidés par le chef du Restaurant le Muzot afin de concocter une recette en lien avec le tableau analysé. Un atelier à dévorer des yeux... (1 x par mois, mer)
Atelier : Artistes en herbe
Animés par l’artiste sierroise Isabelle Zeltner, ces ateliers sont destinés aux enfants qui aiment le dessin et qui désirent approfondir ce domaine en abordant plusieurs techniques, avec un suivi personnalisé. (niveau 1 : du 24 mars au 16 juin, me // niveau 2 : toute l’année, lu)
Anniversaire : Le mystère du tableau hanté
Venir fêter son anniversaire au musée plongé dans l’obscurité, et déjouer les pièges des fantômes à la lueur d’une lampe de poche...Les enfants peuvent venir déguisés en vampires ou en sorcières. Forfait animation et goûter d’anniversaire. (me, sur réservation)
15.01.20010/Infothek VWM
Veska - une quête de l'absolu
Veyras - Au travers de tableaux provenant en majorité de collections privées, de photographies, d’extraits de lettres et de carnets intimes, le Musée Olsommer évoque le rayonnement d’une femme plurielle, à la fois muse, mère, épouse et intendante des expositions, à qui Charles-Clos Olsommer dit au soir de sa vie : « Tu es au monde le seul être de qui j’ai toujours, totalement, dépendu ».
Naissance de Vessela Moneva (Veska) le 1er janvier 1885 à Pleven, en Bulgarie danubienne, de parents chrétiens orthodoxes. Bien qu’élevée dans une milieu bourgeois, cette fille de médecin et petite-fille de pope, se passionne très tôt pour le socialisme naissant. Durant ses études à l’Université de Sofia, elle entre au Parti socialiste aux côtés de ses dirigeants. Ses parents n’approuvent pas son engagement politique, ils l’envoient en Suisse en 1904 afin de poursuivre ses études à l’Université de Genève. Elle y rencontre Charles-Clos Olsommer, alors étudiant à l’Ecole des beaux-arts.
En 1907, le couple se marie en Bulgarie alors que Veska attend son premier enfant. Désapprouvant cette union, les parents du peintre entreprennent les démarches nécessaires afin qu’ils divorcent. Ils promettent à leur fils de l’aider financièrement, à condition qu’il renvoie son épouse. Il obéit, déchiré et Veska le suit, résignée.
De 1908 à 1911, Charles-Clos Olsommer entreprend une série de voyages à l’étranger pour former son oeil d’artiste. Veska enseigne en Bulgarie pour entretenir son fils confié à ses parents. En 1912, le couple renoue et se remarie. Veska donne naissance à leur fille Lydwine, qui fera une carrière de mosaïste sous le nom de Lor Olsommer. En 1913, le couple s’installe dans la maison qu’ils ont faite construire à Veyras (actuel musée). C’est le peintre Edmond Bille qui fait connaître Veyras à C.C.Olsommer, originaire de Neuchâtel. En 1915, 1920 et 1926 naissance des trois derniers fils du couple.
En 1919, Veska se convertit au catholicisme ; elle est confirmée par Monseigneur Biéler, évêque de Sion. Sa tendance au mysticisme s’accentue de plus en plus. Veska assume différentes fonctions : celle de mère, d’épouse, de modèle et de muse, et d’intendante des expositions de son époux.
Dès 1960, le couple se sépare à nouveau, Veska considérant que sa mission auprès de son époux est terminée. Cependant, le peintre continue de venir la voir tous les jours à Villa, où elle loge chez son fils, afin de la dessiner. Il meurt le 3 juin 1966 à Villa auprès de Veska. Elle le suit deux ans plus tard, le 27 mai 1968. Ils sont tous deux inhumés au cimetière de Veyras.
Veska modèle et muse
« Le visage de Veska était fascinant. Il captivait par la puissance du regard, et pas seulement ; tout son visage, tout son être, ses mouvements, ses gestes, sa voix prenante, son sourire à la fois méditatif et grave exerçaient une séduction irrésistible » écrit son petit-fils. Sa vie durant, C.C.Olsommer représente inlassablement Veska, qui à toute heure du jour doit laisser ses enfants et ses tâches ménagères pour venir poser lorsqu’il l’appelle dans son atelier. Il exige, d’une tyrannie amoureuse qu’il trouve naturelle, que sa femme lui soit exclusivement dévouée.
Au fil du temps, Charles-Clos voit progresser la beauté physique de Veska en même temps que sa beauté spirituelle. Le peintre a besoin d’elle charnellement, comme modèle physique, mais surtout spirituellement, comme la personne sans qui il ne peut se réaliser.
D’un point de vue artistique, le sens inné du peintre à exprimer une réalité surnaturelle et la beauté de l’Invisible sous une forme visible, est façonné, discipliné et élevé par la communauté de vie avec son épouse, qui lui apporte la réalité spirituelle de sa vie tendue vers Dieu. Elle écrit d’ailleurs à sa fille Lor: « Ton père me dessine, moi je prie ». Elle prie en posant, elle vit ce qu’elle pose. Charles-Clos Olsommer crée des images de haute spiritualité au travers du vécu mystique de sa femme. D’autre part, de l’orientalisme bulgare que le peintre avait pu étudier sur place lors de ses différents séjours, il conserve, sa vie durant, un témoin en la personne de Veska.
Humainement, elle est une présence intérieure pour l’artiste, mais ambivalente, car l’isolement est une condition nécessaire à l’élaboration de l’art chez Charles-Clos Olsommer. La présence de sa femme lui pèse, mais son absence le déchire. Elle sent d’instinct qu’elle est poids et déchirement, et qu’il a besoin d’elle pour s’accomplir, qu’elle est requise au service de son talent. Elle se consacre donc toute entière à l’oeuvre de son époux, dont elle reconnaît d’emblée la portée, avec un sens du sacrifice inspiré de l’amour humain et de l’amour divin. Elle se sent nécessaire au peintre afin qu’il réalise son idéal, mue par la volonté de se donner toute entière à celui qui en a besoin. Mais le peintre sait-il s’il aime sa femme ou l’oeuvre qu’elle inspire et qui mobilise, à travers son talent, ses puissances affectives ?
Veska mystique
Au début de leur rencontre, c’est C.C.Olsommer qui amène peu à peu Veska, chrétienne orthodoxe, à la religion catholique. Passionnée dans ses convictions, elle « découvre par la religion catholique la vérité qui va lui permettre de libérer les forces profondes de sa nature ».
Dans les années 30-40, la spiritualité de Veska devient plus écclesiale. De nature active, elle a besoin d’agir, par l’acte intérieur qui mobilise vers la plénitude divine. Elle adhère à la religion catholique non par l’idée, mais par le coeur, l’âme et l’esprit : la confession, la communion, la messe sont pour elle sacrés. Pour se donner à Dieu, elle emprunte un chemin qui comporte plusieurs étapes : le Recueillement ou la vie intérieure, l’Elévation ou la prière, et la Communion ou la vie en Dieu avec le Christ et la Vierge. Disciple de Ste Thérèse et de saint Jean de la Croix, la lecture des textes religieux anime son expression corporelle et son visage. A l’église, elle prie ostensiblement, les bras en croix, par besoin intérieur. Le curé lui signale que ce n’est point l’usage dans nos contrées ; pour elle, cela signifie que l’on a séparé le corps et l’esprit.
Exigeante envers elle-même, elle exprime son renoncement aux sens, à la chair, pour devenir « esprit ». C’est un revirement puisque plus jeune, elle fut plus passionnée que son époux, au point qu’il se plaignait de n’avoir auprès d’elle la liberté d’esprit que demandait son art. Dans sa quête de perfection monastique, elle souhaite acquérir « la douceur et la patience », mais elle avoue souvent en être incapable.
Dans les années 50-60. Veska connaît une grande connivence spirituelle avec sa fille Lidwine (Lor), devenue adulte. Elle vit à cette époque ce qu’elle nomme « le tourment de la purification ». Pour Veska, la foi est un don, mais aussi une conquête sans relâche, qui implique une fidélité dans l’obéissance et les vertus, dans le sacrifice. Elle désire la souffrance pour expier, par amour de Dieu. Aimer, pour Veska, c’est agir et souffrir. Elle lit de plus en plus les auteurs mystiques et les théologiens : Saint Augustin, Saint Thomas, Saint Grégoire, Guillaume de Saint-Thierry, Guardini. Dans ses carnets, elle retranscrit souvent cette phrase tirée de Ruysbroeck : « Sans les actes de charité, nul ne peut obtenir Dieu, ni conquérir l’Amour, ni garder l’Amour conquis ». Durant les dernières années, Veska se prépare, dans la paix, à la mort.
Veska, mère, maîtresse de maison et intendante des expositions
Veska est la mère des enfants de l’artiste et la gardienne de sa maison. Ses aspirations mystiques ne l’empêchent pas de se consacrer pleinement aux tâches ménagères ainsi qu’à l’éducation des enfants. Avec une extrême attention, elle les initie à la pleine conscience du moment présent, aux cycles de la nature et aux profondeurs spirituelles qu’elle explore elle-même. Elle est si entière dans ses croyances, qu’elle continuera d’exiger de ses enfants devenus adultes les gestes de la foi. Attentive auprès de chacun comme s’il était unique, Veska lit dans leurs traits de caractère une disposition intérieure qu’elle s’applique à aider, diriger ou corriger. Dévouée, on l’aperçoit maintes fois revenant à pied de Sierre avec ses courses et dans les bras, un des enfants en âge de marcher.
Elle se fait la médiatrice des enfants auprès de leur père, dont l’attitude est plus distante, préoccupé qu’il est de l’accomplissement de sa vocation artistique. Le peintre fait preuve d’une affection exigeante envers ses enfants, dont certains doivent souvent poser pour lui.
En dehors de son cercle familial, Veska adopte les relations de son mari, dont elle fait la connaissance lors des expositions ou des ventes. Sa personnalité rayonnante tisse également un réseau de relations plus intimes, parmi lesquelles se trouvent plusieurs prêtres, des amies, dont la plus proche est Marthe Pont-de Preux.
Veska assume aussi le rôle d’intendante des expositions de son époux. En Valais, le marché n’est pas favorable, et en ville, la vente passe par une nécessaire publicité que C.C.O refuse. L’artiste répugne à s’occuper du devenir de ses oeuvres dès lors qu’elles ont quitté son atelier. C’est donc Veska qui se charge de tout le travail inhérent aux expositions : préparation, transport, installation dans une localité, publicité, gardiennage et accueil des visiteurs. Elle n’y goûte pas plus que lui mais s’y plie par nécessité, en approchant chaque amateur avec chaleur et perspicacité. Lorsque les expositions ont lieu a proximité de Veyras, elle rentre le soir, mais lorsqu’elle doit séjourner loin des siens, cela lui coûte. Elle écrit alors à son mari et à ses enfants afin de rendre compte de la journée écoulée. Parfois, elle l’enjoint de venir la rejoindre car elle a l’ennui. Les ventes sont aussi planifiées par contacts, de proche en proche. Veska fait circuler un porte-feuille d’oeuvres que l’on montre à des amis, qui à leur tour les transmettent à d’autres, et ainsi de suite.
Malgré son dévouement, son mari ne parviendra pas, de son vivant, à une réelle aisance financière. Leur situation précaire ne les empêche toutefois pas d’accorder des délais de payement aux amateurs ou de baisser le prix d’un tableau, afin « d’atteindre une classe qui désire avoir quelque chose et ne peut pas le payer », ainsi que le souhaite l’artiste. Lorsque les ventes ne sont pas suffisantes pour assurer l’entretien de la famille, Veska pratique le troc. Elle échange des tableaux contre des produits de première nécessité : vêtements, nourriture, outils de jardinage ou médicaments.
Veska et Charles-Clos : la confrontation de deux absolus
Veska et Charles-Clos sont deux êtres d’exception qui se reconnaissent en quête de l’absolu, mais dont l’essence est différente pour chacun. Pour Veska, ce sera Dieu, la révélation du Dieu Sauveur, avec des moyens de sanctification signifiés : les sacrements. Pour Charles-Clos, ce sera l’oeuvre à faire, son art lié à une idée de perfection.
A partir des années 30, le couple creuse cette divergence. Charles-Clos Olsommer pense que son épouse accorde trop d’importance au « décor » de la religion catholique, à savoir le culte, la liturgie, les sacrements, dont il ne voit que la valeur esthétique et non, comme elle, la nécessité. Elle, en revanche, a le sentiment que sa soif inextinguible de Dieu ne peut s’étancher que dans l’Eglise. Charles-Clos, lui, ne vit pas mystiquement la doctrine catholique, mais il l’admire comme facteur d’ordre, de morale, de cohésion familiale et sociale, et surtout comme source inépuisable du « merveilleux ».
Pour lui, seuls importent l’amour humain et son art. Alors que pour Veska, l’important n’est pas de lui donner son amour humain, mais l’amour de Dieu, qui seul peut lui donner la paix, pense-t-elle.
Veska veut faire partager à son mari sa propre expérience de Dieu, afin que son époux soit non seulement « le peintre de la prière », mais qu’il prie avec l’Eglise. Avec une tyrannique sollicitude, elle l’y attire, presque malgré lui, et il se convertit au catholicisme en 1935. Et, bien qu’il fréquente l’église, la messe, les sacrements, il n’est et ne sera jamais le mystique qu’elle voudrait qu’il soit. C’est pour elle un constat d’échec, car elle estime qu’elle s’est sacrifiée pour l’âme de son mari, mais cette dernière lui échappe.
En effet, pour le peintre, l’unique absolu est celui que l’art lui propose car sa vocation est impérieuse. Dans sa quête d’un idéal artistique, l’artiste fait preuve d’un égoïsme sacré à l’encontre de Veska. Elle nourrit d’ailleurs le sentiment que son époux ne l’a envisagée que comme nécessaire à l’accomplissement de sa vocation artistique. Ils se ferment l’un à l’autre, car il la veut toute à lui pour lui et son art, alors qu’elle le veut tout à elle pour Dieu. Pour Charles-Clos, c’est la religion qui lui ravit sa femme, alors que pour Veska, c’est l’art érigé en absolu qui lui prend son époux.





