La coupe de l'accouchée
La coupe de l'accouchée est une grande coupe en bois tourné à l'usage de la femme qui vient d'enfanter, probablement offerte en cadeau de mariage ou à la naissance de l'enfant.
La jeune mère l'utilisait pour y boire un vin chaud et épicé destiné à la remettre sur pied.
Coupe d'accouchée en bois de frêne tourné, avec couvercle.
Hauteur : 23.7 cm
Diamètre : 12.6 cm
Musée d'histoire, Sion (MV. 2483)
La coupe
de l'accouchée
Quelques exemplaires des coupes conservées dans les musées proviennent du Haut-Valais où elles portent le nom de Hebammenbecher (coupe de la sage-femme).
Hebammenbecher (coupe de la sage-femme), en bois tourné. Sous le pied la marque A1910T.
Provenance: Salquenen
Hauteur : 17 cm
Diamètre : 10 cm
Collection Arnold Perren, Brig
La coupe
de l'accouchée
La majorité des coupes d'accouchée conservées dans les musées valaisans proviennent du val d'Hérens, où, en patois local, elles portent le nom de kòpe dè la palyoula.
Croquis réalisés par Georges Amoudruz de coupes d'accouchée provenant du val d'Hérens.
Fonds Amoudruz, Musée d'Ethnographie de Genève
La coupe
de l'accouchée
Dans le val d'Hérens le mot patois palyoula désigne selon l'endroit l'accouchée ou le temps des couches et dérive du latin palea, paille. Il est donc le reflet de situations d'accouchement où la paille jouait un rôle important.
Coupe d'accouchée en bois de hêtre tourné. Le couvercle n'est pas d'origine.
Provenance: Evolène
Hauteur : 23 cm
Diamètre : 10.3 cm
Propriété de Lina Salamin-Chevrier
La coupe
de l'accouchée
Pratiquée en Valais jusqu'au début du XXe siècle, la tradition de boire le vin de l'accouchée dans une coupe en bois est peu à peu tombée en désuétude, à mesure que les accouchements se sont médicalisés et pratiqués en milieu hospitalier. La tradition d'offrir de l'Humagne à l'accouchée reste quant à elle bien présente de nos jours encore, la coupe en bois ayant entre-temps été remplacée par la bouteille en verre ou le thermos.
Coupe d'accouchée en bois de frêne tourné. Sous le pied les initiales I.B.F.
Hauteur : 15.3 cm
Diamètre : 10.5 cm
Musée d'histoire, Sion (MV. 2482)
Entretien avec Cécile Chevrier, sage-femme à Evolène (2004):
Le vin
de l'accouchée
Depuis l'antiquité, l'homme a attribué au vin des propriétés médicamenteuses, notamment en raison de la symbolique qui le relie au sang. En Valais également, jusqu'après la seconde guerre mondiale et partiellement jusqu'à nos jours, le vin joue le rôle de reconstituant. Il entre ainsi dans la composition d'un certain nombre de remèdes empiriques, et spécialement dans ceux destinés aux femmes en couches. Si on utilise aussi le Muscat, le Rouge du Pays, la Malvoisie ou l'Humagne rouge, c'est l'Humagne blanc qui est par excellence le vin que l'on administre à l'accouchée.
Etiquette de vin représentant une coupe d'accouchée.
Vers 1980
Collection MVVV
Le vin
de l'accouchée
La préférence portée à l'Humagne blanche peut être entre autres expliqué par l'étymologie du nom Humagne (du latin vinum humanum, vin des humains) de même que par sa réputation (bien que non fondée) de contenir trois fois plus de fer que les autres cépages.
Raisin d'Humagne blanche.
vieux cépage originaire du Valais, mentionné pour la première fois en 1313 dans le registre d'Anniviers.
Météorite de fer Sikhote Alin
Poids : 31 g.
Le vin
de l'accouchée
Mélangé à des épices (cannelle, muscade, miel) et des herbes aromatiques (hysope, armoise), il est la plupart du temps absorbé sous forme de vin chaud ou de panade (soupe au pain grillé) sur une période allant de une à quatre semaines après l'accouchement. La femme peut en boire jusqu'à un litre par jour. Le vin de l'accouchée a pour fonction de calmer la douleur, fortifier le corps, nettoyer la matrice et refaire le sang.
Humagne. Etiquettes de vin.
Collection MVVV
Entretien avec Julie Gaudin, La Forclaz (2004):
Les gobelets
de Bourgeoisie
Dans certaines Bourgeoisies valaisannes, il est encore de coutume de boire le vin bourgeoisial dans des gobelets en bois fabriqués au tour.
Gobelets en bois, Bourgeoisie de St-Jean.
Photo MVVV/R. Hofer
Les gobelets
de Bourgeoisie
Dans le Haut-Valais, ces récipients de bois sont appelés Becher tandis qu'en patois francophone ils portent le nom de coppe.
Gobelets en bois portant la marque de la Bourgeoisie de Törbel (GT = Gemeinde Törbel).
Photo S.Pont
Les gobelets
de Bourgeoisie
Ils sont utilisés lorsque la communauté se réunit et distribue le vin que lui fournissent ses vignes.
Coupes à pied et gobelets en bois anciennement en usage à la Bourgeoisie de St-Jean.
Photos MVVV/R. Hofer
Les gobelets
de Bourgeoisie
Ces diverses occasions (Rogations, fêtes patronales, Fête-Dieu, Burgertrunk...) sont autant de moments rituels au cours desquels les Bourgeois affirment symboliquement leur enracinement et leur attachement à une tradition et à une identité locale. Le vin communautaire y joue un rôle avant tout relationnel, reliant celui qui offre (la Bourgeoisie) à ceux qui reçoivent (les Bourgeois).
Assemblée bourgeoisale à Grimentz (1980).
Le vin communautaire est distribué dans les gobelets en bois au moyen d'une channe.
Photo Charly Arbellay
Les gobelets
de Bourgeoisie
Dans de nombreuses Bourgeoisies, le gobelet en bois, attribut de l'individu intégré à la communauté, partage aujourd'hui la table avec des récipients en verre, plus hygiéniques et plus à même de mettre en valeur les qualités du vin telles qu'elles sont estimées aujourd'hui.
Gobelet en bois de fabrication récente et actuellement en usage à la Bourgeoisie de St-Luc.
Photo MVVV/R.Hofer
Hauteur : 8.5 cm
Diamètre : 6.5 cm
Gobelet en bois anciennement en usage à la Bourgeoisie de St-Luc.
Photo MVVV/R.Hofer
Hauteur : env. 10 cm
Entretien avec René Zufferey, Bourgeois de St-Jean , (2004):
Des tonnelets pour boire aux champs
Avant que l'usage de récipients en verre, en métal et en plastique ne se généralise en Valais et que le vin ne perde son statut d'aliment, les tonnelets en bois faisaient partie intégrante des objets domestiques.
Des tonnelets
pour boire aux champs
Les paysans emportaient avec eux les tonnelets en bois pour transporter le vin consommé lors des déplacements et des travaux des vignes et des champs.
Vignerons prenant la pause, Savièse (1947).
Photo Max Kettel, Médiathèque Valais-Martigny.
Tonnelet vertical, en douves.
Hauteur : env. 32 cm
Burgergemeinde Ausserberg
Photo MVVV/R. Hofer.
Des tonnelets
pour boire aux champs
Considéré comme un aliment au même titre que les potages, le vin "gardait la force" et "donnait le coup de fouet" notamment lors des déplacements ou des travaux à la campagne au cours desquels on en consommait parfois plusieurs litres. Bien souvent, par soucis d'économie, le vin était remplacé par de la piquette fabriquée à partir de marc, d'eau et de sucre que l'on faisait fermenter.
Vignerons dans une guérite, Plantzettes.
Photo Charles Krebser.
Médiathèque du Valais-Martigny.
Tonnelet vertical, en douves.
En bois de mélèze.
Hauteur : 20 cm
Largeur : 10 cm
Musée d'Hérémence (H 208).
Photo MVVV/R. Hofer.
Des tonnelets
pour boire aux champs
Dès la fin de la Première Guerre mondiale, mais particulièrement à partir de la deuxième moitié du XXe siècle, l'arrivée sur le marché de récipients en métal et en plastique ainsi que la généralisation de l'usage des bouteilles en verre entraînent une disparition progressive des récipients de boissellerie. En parallèle, la gamme de boissons à disposition s'élargit et la consommation d'alcool recule, notamment dans le cadre du travail.
Tonnelet vertical, en douves.
Hauteur : 16.5 cm
Largeur : 11.5 cm
Ecomuseum Simplon (SIM 1787).
Photo MVVV/R. Hofer.
Entretien avec Emile Mayoraz, artisan du bois à Hérémence, (2006):
Des tonnelets
pour boire aux champs
Il existe des tonnelets de différents types que l'on peut classer d'après leur forme (horizontaux ou verticaux) et d'après leur mode de fabrication (en douves ou monoxyles).
Tonnelet vertical, en douves.
Hauteur : env. 32 cm
Burgergemeinde Ausserberg.
Photo MVVV/R. Hofer.
Tonnelet vertical, monoxyle.
Hauteur : 20.9 cm
Largeur : 10 cm
Ecomuseum Simplon (SIM 1779)
Photo MVVV/R. Hofer.
Tonnelet horizontal, en douves.
Longueur : 40.5 cm
Musée d'histoire, Sion.
Photo MVVV/R. Hofer.
Tonnelet horizontal, monoxyle.
Hauteur : 15 cm
Longueur : 22 cm
Musée de Plan Cerisier (PL.C. 62)
Photo MVVV/R. Hofer.
Des tonnelets
pour boire aux champs
Selon les régions du canton, ces tonnelets sont connus sous diverses appellations : barils, barillons, barillets ou bouteilles en bois en français Batille ou Butille en allemand. Les contenances les plus usuelles sont de 1.5 et 3 litres.
Les tonnelets verticaux fabriqués en douves - parfois recouverts de peinture pour protéger le bois - représentent le type le plus courant en Valais.
Vigneron valaisan buvant au tonnelet en bois (entre 1930 et 1950).
Photo Raymond Schmid.
Médiathèque Valais-Martigny.
Tonnelet vertical, en douves.
Hauteur : 27 cm
Largeur : 10 cm
Musée d'histoire, Sion (MV 5957).
Photo MVVV/R. Hofer.
Des tonnelets
pour boire aux champs
Les tonnelets monoxyles sont quant à eux plus rares et ne sont habituellement pas peints.
Vigneron valaisan buvant au tonnelet en bois (entre 1930 et 1950).
Photo Raymond Schmid.
Médiathèque Valais-Martigny.
Tonnelet horizontale, monoxyle.
Hauteur : 25 cm
Longueur : 22 cm
Musée d'histoire, Sion (MV 1920).
Photo MVVV/R. Hofer.
Des tonnelets
pour boire aux champs
Le boisselier est l'artisan spécialisé dans la fabrication de récipients en douves et cerclés de bois, destinés aussi bien à l'agriculture qu'à l'économie domestique. Bien que le Valais francophone ait connu quelques centres de boissellerie comme à Mâche, Evolène, Ayer et Bagnes, presque chaque village avait son boisselier, vivant la plupart du temps d'un mélange d'artisanat et d'agriculture.
Le boisselier Cyrille Bonvin dans son atelier situé à Mâche près d'Hérémence (1978).
Entretien avec Jean-Luc Bonvin, fils du boisselier Cyrille Bonvin à Mâche, (2008):
Des tonnelets
pour boire aux champs
À partir de la seconde moitié du XXe siècle, avec la généralisation des récipients modernes en métal et en plastique, le métier de boisselier a peu à peu perdu de sa raison d'être première.
Le boisselier Antoine Bonvin dans son atelier situé à Ayer près d'Hérémence.
Photos Musée d'histoire, Sion (1970).
Entretien avec René Salamin, artisan du bois au Châble, (2006):
Des tonnelets
pour boire aux champs
Les tonnelets en bois sont des objets emblématiques rappelant le monde paysan et les jours de travail. Ils font aujourd'hui partie des souvenirs que l'on suspend au carnotzet et que l'on offre en guise de cadeau honorifique. Ils représentent un lien avec la tradition et ont une forte valeur affective.
Lauréats de la finale 2005 du concours des tireurs haut-valaisans ("Oberwalliser Schützen-Wettkampf").
Bouteilles en bois et fromages sont offerts en guise de prix.
Photo Leander Heldner.
Tonnelet vertical, en douves.
Deuxième prix du Festival des Vieilles Cibles, Venthône, 1976.
Hauteur : env. 30 cm.
Propriété de Gervais Gillioz.
Photo MVVV/R. Hofer.
Barry du Grand-St-Bernard.
Musée d'histoire naturelle, Berne.
Quand le bois
sert à boire
© 2008/MVVV
Musée Valaisan
de la Vigne et du Vin
Littérature recommandée
Et le fonneau fût!
Collection Regards sur la Vigne et le Vin en Valais 3.
Edition MVVV 2008.
196 pages, quadrichromie, richement illustré.
Format 22.5 X 28.5 cm.
Prix: CHF 29.00 + frais de port.
Quand le bois sert à boire
Collection Regards sur la Vigne et le Vin en Valais.
Edition MVVV 2005.
80 pages, quadrichromie, richement illustré.
Format 22.5 X 28.5 cm.
Prix: CHF 28.00 + frais de port.